dimanche 4 octobre 2026

L’infirmier en oncologie au cœur du parcours de soins : rôle clinique et coordination multidisciplinaire en Algérie

 




 La prise en charge du cancer connaît une évolution importante en Algérie. L’augmentation du nombre de patients, la diversification des traitements et le développement de nouvelles approches thérapeutiques rendent le parcours de soins de plus en plus complexe.

 La chimiothérapie, l’immunothérapie, les thérapies ciblées, la radiothérapie et la chirurgie nécessitent aujourd’hui une collaboration étroite entre plusieurs professionnels de santé. L’oncologie moderne ne peut donc plus reposer sur l’intervention isolée d’un seul spécialiste.

 Dans cette organisation multidisciplinaire, l’infirmier en oncologie occupe une position centrale, en raison de sa proximité constante avec le patient avant, pendant et après les traitements.

 Son rôle dépasse largement la simple administration des médicaments. Il participe à l’évaluation clinique, à la surveillance, à la prévention des complications, à l’éducation du patient, à la sécurité des traitements et à la coordination entre les différents intervenants.

 Un rôle infirmier qui dépasse l’administration des traitements:

 L’administration de la chimiothérapie et des autres traitements systémiques constitue une partie importante de l’activité infirmière en oncologie. Cependant, réduire le rôle de l’infirmier à cette seule fonction ne reflète pas la réalité de la pratique oncologique moderne.

 Pendant un traitement systémique, l’infirmier est souvent l’un des professionnels qui observe le patient de manière la plus rapprochée. Cette proximité lui permet d’identifier des changements cliniques parfois précoces et de transmettre rapidement les informations nécessaires à l’équipe médicale.

 Ainsi, les soins infirmiers en oncologie doivent être considérés comme une composante clinique essentielle du traitement et non comme une simple fonction technique.

 L’infirmier, un acteur essentiel de la sécurité des soins:

 La complexité croissante des traitements oncologiques rend la sécurité des soins particulièrement importante.

L’identification correcte du patient, la vérification du protocole, des doses, des paramètres biologiques et cliniques, la surveillance pendant et après l’administration ainsi que la détection précoce des effets indésirables constituent des éléments essentiels de la pratique infirmière.

 L’infirmier joue également un rôle important dans la prévention et la détection des complications telles que les réactions d’hypersensibilité, les extravasations, les toxicités aiguës ou les autres événements indésirables associés aux traitements.

 Cette position au plus près du patient fait de l’infirmier un véritable acteur de la qualité et de la sécurité des soins oncologiques.

 La coordination : une dimension essentielle du métier infirmier

 Le parcours d’un patient atteint de cancer implique souvent plusieurs disciplines et plusieurs étapes.

 Un même patient peut avoir besoin successivement ou simultanément d’une consultation d’oncologie, d’une chirurgie, d’une radiothérapie, d’examens d’imagerie, d’analyses biologiques, de traitements systémiques et d’un accompagnement psychologique ou nutritionnel.

 Sans coordination efficace, le risque de retard, de répétition d’examens, de perte d’informations ou de rupture dans le parcours augmente.

 L’infirmier peut alors jouer un rôle de professionnel pivot entre le patient et les différents acteurs de santé.

 Cette coordination peut notamment concerner :

 - la transmission des informations cliniques ;

- l’organisation des rendez-vous ;

- le lien entre les différents services ;

- l’identification des difficultés rencontrées par le patient ;

- l’orientation vers les professionnels appropriés. 

 Les réunions de concertation pluridisciplinaire :

 Les réunions de concertation pluridisciplinaire constituent un élément essentiel de la prise en charge moderne du cancer.

 Elles permettent aux différents spécialistes de confronter leurs expertises afin de déterminer la stratégie thérapeutique la plus adaptée au patient.

 Lorsque l’organisation le permet, une participation plus importante des infirmiers à cette dynamique multidisciplinaire pourrait également être intéressante.

 En effet, l’infirmier dispose d’informations issues du contact quotidien avec le patient : tolérance des traitements, état général, difficultés sociales ou familiales, compréhension du traitement, adhésion aux soins et problèmes rencontrés au cours du parcours.

 Ces informations peuvent contribuer à une vision plus globale du patient.


 Vers le développement de l’infirmier coordinateur ou navigateur en oncologie :

 La complexité croissante des parcours de soins ouvre également la réflexion sur le développement de fonctions d’infirmier coordinateur ou infirmier navigateur en oncologie.

 Ce professionnel pourrait contribuer à faciliter le parcours du patient depuis l’annonce diagnostique jusqu’au suivi thérapeutique, en assurant notamment l’orientation, la coordination des rendez-vous, la communication entre les équipes et l’éducation du patient.

 Une telle fonction pourrait être particulièrement pertinente dans les centres prenant en charge un nombre important de patients ou proposant plusieurs modalités thérapeutiques.

 Elle ne remplacerait pas les autres professionnels de santé. Elle permettrait plutôt de renforcer la cohérence entre leurs interventions.

 Une approche centrée sur le patient :

 La qualité d’un système de soins oncologiques ne dépend pas uniquement de la disponibilité des médicaments, des équipements ou des compétences médicales.

 Elle dépend également de la capacité du système à accompagner le patient tout au long de son parcours.

 L’infirmier est particulièrement bien placé pour contribuer à cette approche centrée sur le patient grâce à sa proximité, sa disponibilité et son contact régulier avec la personne malade et sa famille.

 L’éducation thérapeutique, l’écoute, l’information, l’identification des difficultés et l’accompagnement constituent donc des dimensions essentielles du rôle infirmier.

 Conclusion :

 L’évolution de l’oncologie en Algérie nécessite de renforcer non seulement les moyens diagnostiques et thérapeutiques, mais également l’organisation des soins.

 Dans ce contexte, l’infirmier en oncologie doit être reconnu comme un acteur clinique à part entière et comme un élément essentiel de la coordination du parcours de soins.

 Son rôle dans la sécurité des traitements, la surveillance clinique, l’éducation, l’accompagnement et la communication entre les différents professionnels contribue directement à la qualité des soins.

 Le développement de fonctions d’infirmiers coordinateurs ou navigateurs, ainsi qu’une meilleure intégration des infirmiers dans les dynamiques multidisciplinaires, pourraient constituer des pistes importantes pour améliorer la continuité et la qualité de la prise en charge oncologique en Algérie.

 L’avenir de l’oncologie ne consiste pas seulement à traiter la maladie ; il consiste également à faire en sorte qu’aucun patient n’ait à parcourir seul le chemin du cancer.


1-  L’IAEA (International Atomic Energy Agency) soulign également le rôle essentiel des infirmers spécialisés en oncologie dans les soins multidisciplinaires, la coordination et la navigation du patient dans le parcours de soins



 BOUKTCHЕ Reda

Infirmier coordinateur adjoint en service d’oncologie médicale – Centre Sidi Abdellah de Cancérologie


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